À PROPOS DES PRECEPTES DU REIKI

J'ai eu ce matin un échange de mails intéressant avec une de mes stagiaires sophrologue, qui invitait à une re-formulation positive des Préceptes (notamment les deux premiers), telle que je l'ai proposé sur la page d'accueil de mon site. C'est un aspect qui revient souvent dans les stages que j'anime.
Je ne vais pas revenir ici sur les recherches faites en neuro-science, PNL, pensées positives, neuro-imagerie, etc., qui montre l'impact que peut avoir sur notre cerveau une formulation d'induction exprimée avec des prédicats négatifs.
Par exemple, "ne te mets pas en colère" oblige le cerveau à traiter d'abord l'idée de la colère avant de l'invalider, ce qui est
donc contre-productif, même si certains disent que la "double négation" reste, à la limite, encore valable.
Il nous faut comprendre que le fonctionnement cognitif d'un japonais diffère profondément de notre approche cartésienne. Leurs mode d'écriture par idéogrammes n’est pas une langue lexicologique comme la notre. Il est donc possible que l'injonction des Préceptes n’a pas le même impact sur un cerveau japonais qu'une fois traduit dans notre langue.
Par exemple, les idéogrammes (kanjis) activent des réseaux sémantiques visuels et globaux et non purement séquentiels. Le kanji n'est pas seulement un simple mot, ou un son, c'est une image mentale synthétique. L'esprit japonais perçoit l'idéogramme dans sa globalité conceptuelle, ce qui court-circuite en partie le mécanisme linéaire de la double négation cérébrale que l'on observe dans les langues alphabétiques occidentales.
Même si l'injonction "na" (ne pas) reste en japonais très directe, elle vise un fait et non une personne en tant que telle. Le précepte agit comme une sonnette d'alarme. Il ne juge pas l'individu. Ce n'est pas un commandement moralisateur judéo-chrétien : "c'est mal d'être en colère, je dois réprimer ça..."
Il constate un état extérieur à soi ("il y a là de la colère") et pose un couperet net pour stopper l'identification à cet état, mais sans jugement moral associé.
Le 'na' (ne pas) est davantage perçu comme un signal d'ajustement pour retrouver l'axe, à l'image d'un maître d'arts martiaux qui re-cadre une posture. On ne combat pas la colère avec de la volonté ; on la laisse s'effacer, en brisant net, l'identification à cette émotion.
La société japonaise intègre très tôt une forme de maîtrise de soi où l'injonction directe ne blesse pas l'ego de la personne. L'ordre sec ne génère pas de rébellion psychologique, mais est reçu comme une invitation et un rappel bienveillant d'une hygiène de l'esprit collective et individuelle.
On prend conscience de cette relation d'interdépendance qui nous relie énergétiquement aux autres.
Pour un cerveau japonais, l'impact de ces préceptes formulés avec la négation ('na') n'est donc pas une injonction culpabilisante, mais un point d'arrêt immédiat (un « Stop » mental). Il permet de suspendre instantanément le flot des passions tristes (colère, inquiétude, etc.) pour ramener l'esprit au calme, ancré dans l'ici et maintenant, sans passer par la case de culpabilisation et de la rumination psychologique occidentale.
C'est simplement établir un constat : cette colère et cette inquiétude ne sont pas appropriées, cela me dessert plus qu'autre chose. Je ne suis donc plus cette tendance.
Comprenons qu'il ne s'agit pas d'interdictions, mais d'invitations à l'apaisement. C'est à la fois direct, et remplie de bienveillance.
Maintenant, au regard et à la compréhension de ceci, libre à chacun, soit de conserver la formulation japonaise, soit d'opter pour une reformulation positive, mais avec le risque, en revanche, de s'éloigner de la nuance originelle du texte japonais, qui porte souvent en elle une idée de cessation.