Accueillir ce qui est

Patrice Gros

Même en suivant une voie spirituelle, même au coeur de nos plus belles pratiques, nous ne sommes pas pour autant à l'abri de souffrir. Chacun de nous traverse des expériences douloureuses dans sa vie, que ce soit des événements difficiles, une maladie, une rupture, une perte, un deuil à faire, etc. C'est mon cas actuellement. Même si je sais qu'il ne manque rien à ce que « je Suis », la tristesse (ou n'importe quelle autre émotion qu'insuffle la situation) se fait aussi sentir.
Pour autant, tout cela est reconnu au sein d'un espace d'accueil toujours renouvelé, d'instant en instant, et je dépose toute cette souffrance dans les bras bienveillants de la Présence.
Je voudrais, à travers cet article, partager avec vous les moyens qui s'invitent à moi.
Tout d'abord, considérez que ce que vous ressentez n'est pas la totalité de ce que vous êtes. C'est seulement « une partie » de vous qui semble s'activer et qui prend pour le moment un peu trop de place, comme si elle envahissait tout votre espace intérieur. Ressentez alors les choses selon une autre perspective. Par exemple, plutôt que d'affirmer : « je souffre », comme si vous étiez totalement identifié à votre émotion dominante, dites simplement : « il y a là de la souffrance ». C'est un fait (et encore ?!). Comment vous ressentez-vous face à ce changement de regard ?
La deuxième chose est de se laisser traverser par l'émotion. Vous permettez à cette émotion de se manifester car elle a le droit d'être là. De même qu'il est important de ne pas censurer ce qui se passe en soi. L'émotion, comme le mot semble l'indiquer, est une énergie-en-mouvement : « e-motion ». Ne bloquons pas son flux. Toutes tentatives, même celles qui consisteraient à « gérer » ses émotions par tout un tas de techniques, seraient en fait une forme d'évitement, de vouloir garder le contrôle, et de résistance inconsciente à ce qui est. L'invitation ici est le pur accueil. Accueillir, cela veut dire « rester avec » ce qui se passe pour soi dans le moment présent. Rester avec, c'est simplement porter son attention sur ses sensations (principalement corporelles), sans émettre de commentaire, d'étiquetage, d'analyse, sans chercher à intervenir ni les modifier non plus.
Ce n'est ni amplifier son ressenti, ni le réprimer, ni le saisir, mais le laisser être ce qu'il est, et le laisser se réguler de lui-même. Le corps à les ressources nécessaires pour digérer naturellement les informations, ou empreintes sensorielles, que l'on ressent. Nous devons juste apprendre à s'abandonner, se détendre et à laisser les choses se transformer d'elles-mêmes. Rien faire (rien faire autre que « laisser faire » !), rien attendre (aucune projection), rien vouloir autre que ce-qui-est, et rester avec. Mais n'en faites pas une stratégie pour autant, ce qui ne serait en somme qu'une autre façon de contrôler et de vouloir rester aux commandes. N'attendez donc pas de résultats ou de solutions particulières.
Ainsi, accueillir devient un espace de non-jugement face à ce qui est. Ce n'est pas un faire parce que nous sommes accueil. C'est sortir de l'état de victime (où l'on subit) et parvenir naturellement au lâcher-prise final, parce qu'accueillir nous amène à l'acceptation, et l'acceptation au lâcher-prise.

Fondamentalement, on observe une émotion de la même façon qu'une pensée. La seule différence, c'est qu'une émotion est fortement reliée au physique et que vous la ressentirez principalement dans le corps, alors qu'une pensée se loge dans la tête.
Vous pouvez alors permettre à l'émotion d'être là sans être contrôlé par elle. Vous n'êtes plus l'émotion : vous êtes le témoin, la présence qui observe. Si vous vous exercez à cela, tout ce qui est inconscient en vous sera amené à la lumière de la conscience.
Question : Cela revient-il à dire qu'il est aussi important d'examiner les émotions que les pensées ?
Oui. Prenez l'habitude de vous poser la question suivante : « Qu'est-ce qui se passe en moi en ce moment ? » Elle vous indiquera la bonne direction. Mais n'analysez pas. Contentez-vous d'observer. Tournez votre attention vers l'intérieur. Sentez l'énergie de l'émotion. S'il n'y a aucune émotion, soyez encore plus profondément attentif à votre champ énergétique, à l'intérieur du corps. C'est la porte d'accès à l'Être.

Eckhart Tolle

Parfois, simplement cela suffit à se donner de l'espace, à ressentir la détente et la paix, quand l'émotion colle trop au personnage, ou que celui-ci a tendance à se raconter plein d'histoires et à les nourrir inutilement.
Mais parfois aussi, quand ça fait mal, ça fait mal. Hé bien, sachez que c'est OK. Si on ne peut pas accueillir ce qui est notre réalité présente, accueillons alors avec douceur le fait de ne pas pouvoir accueillir le fait d'accueillir. Et restons avec. C'est comme s'il existait, paradoxalement, une superposition de deux états : un sentiment de paix inaltérable "et" en même temps, une émotion douloureuse. Ça va mal et ça va bien à la fois, et ce n'est pas un problème pour autant !
L'étape suivante qui en découle naturellement consiste à retourner l'attention vers ce qui est conscient de l'émotion. « Ce qui est conscient » est toujours là, en amont, avant que l'émotion n'apparaisse, pendant le déroulement de celle-ci, et sera encore là, même une fois l'émotion disparue. C'est une Présence impersonnelle, bienveillante et accueillante, notre "chez nous" fondamental. Il y a, en chacun, une dimension qui ne peut être ni blessée, ni blessable d'aucune façon.
Comme je l'exprimais dans mon texte précédent, je vous invite à effectuer ce demi-tour en vous-même afin de regarder cela-même qui regarde. En cet instant, qu'est-ce qui est conscient de la sensation, qu'est-ce qui est conscient du fait d'être triste (ou de n'importe quelle émotion) ? Et est-ce que ce qui est conscient est triste, affecté, ou ressent un manque particulier ? Est-ce que ce-qui-perçoit est dérangé ? Fort probablement que non. Alors, restons en Cela qui perçoit, en Cela qui est conscient, en Cela qui Est, et permettons à ses émotions, s'il y en a encore, d'être simplement accueillies sans jugement, et embrassez-les avec toute l'attention et toute la bienveillance qu'elles réclament en cet instant.

Selon l'intensité de notre blessure, il nous faudra parfois être patient pour accomplir ce processus entièrement et goûter enfin la paix inaltérable de la Conscience. Nous allons donc devoir en renouveler, encore et encore, les différentes étapes. Comme me le rappelait un ami : "Nous sommes la quiétude d'où tout émerge". Faites alors de l'inexis-temps votre allié !

Prenez soin de vous, amoureusement !

Voir aussi en complément cette petite présentation en images fort utile sur "comment accueillir une émotion" !

© Patrice Gros/Reikido France

 

 

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