Le Royaume sans âge


Aksysmundi


Dans les ruines de nos identifications, lorsque se lève la brume de nos illusions,
se révèle alors le Royaume sans âge...


Quand se dissout l'illusion de posséder une existence propre et évolutive, il ne demeure qu'une inappropriable et impérissable Présence. Une Présence abyssale, débordant de toute part les limites illusoires du "je", mais qui pourtant nous est on ne plus familière, on ne peut plus immédiate. Cette Présence sans âge est intimement liée à l'instant présent, à la complétude de l'être. Mais l'illusion d'être ceci ou cela restreint cette Présence, la confinant dans une identité étroite et formelle, l'associant à une enveloppe de chair éphémère. La réalisation de cette Présence absolue abolit toute notion de quête, révélant que notre réalité la plus essentielle est à jamais accomplie.

La grande bascule dans le Soi n'est autre qu'un chavirement dans ce qui nous est le plus intime, le plus familier. Elle est le dévoilement à la fois bouleversant et évident de ce qui constitue notre réalité la plus vivante, la plus lumineuse, la plus fondamentale... A la lumière de cette révélation, la question "Qui suis-je ?" perd tout son sens, celle-ci correspondant au fait que nous ignorions l'impersonnalité et l'intemporalité de notre nature la plus essentielle. En d'autres termes, l'éveil est la réalisation du "Je Suis" dans toute sa pureté ; un "Je Suis" en parfaite communion avec l'instant présent qui, dans sa complétude, se suffit alors à lui-même.

L'illusion d'un moi distinct provient de l'oubli de notre réalité la plus immédiate, de la source même du "Je suis". Accaparé par le monde des apparences, nous nous rêvons inaccompli, nous nous voyons évoluer dans le temps et l'espace vers un objectif improbable. Hors la Présence ne progresse pas mais se révèle, la conscience pure ne s'accomplie pas mais se dévoile. Tout est ici-même, sous l'illusion d'être séparé de la grâce, d'avoir une conscience propre et évoluante.

Le Soi est l'Evidence suprême, absolue, inconditionnelle ; une Evidence à la fois primordiale et ultime, qui ne découle de rien ni ne repose sur rien. Il est la Connaissance pure, immédiate, non duelle... En réalité, le disciple, la voie, le but appartiennent au monde des images ; la distance entre la flèche et la cible est illusoire, chercheur et objectif sont la même réalité insécable en un éternel présent, car le Soi est Un 'sans-un-second'. Qui donc demeure t'il pour réaliser le Soi si ce n'est le Soi ?

Tant que l’éveil demeure objet d’une quête, il est inaccessible. Le fait même de chercher ce qui est au cœur de l’instant, Ici et Maintenant, en détourne. L’éveil est l’ouverture à l'état de quiétude, de « non-quête » ; il est la réalisation de notre nature accomplie dans toute sa complétude. La subtilité réside en particulier dans le fait que cette nature fondamentale ne peut d’autant pas être prise pour objet qu'elle est conscience pure, en amont de tout « chercheur », de toute quête et de toute notion de réussite. En ce sens, elle n’est pas une expérience supplémentaire, mais le champ où se produit toute expérience. Le dévoilement de cette dimension impersonnelle nécessite un lâcher-prise ; un abandon qui ne peut être total sans le renoncement à la quête même de l'éveil.

Ce qu'on appelle l'éveil spirituel est l’affranchissement de ce qui empêche de vivre pleinement, Ici et Maintenant. Il est la révélation de ce qui est accompli dans l’inaccompli, parfait dans l’imparfait, absolu dans le relatif, sacré dans le profane… Il est notre incomplétude révélée à notre complétude...
Toutefois, lorsque l’axe est réalisé, la roue ne disparaît pas pour autant. Mais le monde auquel nous étions jusqu’alors confrontés apparaît à un regard stable et paisible, à un regard qui ne prend pas position vis-à-vis de ce monde impermanent et fluctuant : vu du centre, tout apparaît moins chaotique ! Mais le fait même de chercher l’axe, c’est déjà s’en détourner, car il a son siège en amont de toute attente, de toute recherche, au cœur même du présent éternel… Il s'agit alors d'être disponible.

La roue de l’impermanence tourne en un mouvement sans fin. La réalité que nous percevons se dérobe en un perpétuel glissement. Aussi n’existe-t’il aucun lieu, aucune croyance, aucun repère qui ne soit fiable. En ce sens, il est aussi vain de chercher le salut au sein de cette réalité fuyante que de bâtir un refuge sur du sable mouvant. Mais lorsque tout s’évanouit à nos yeux, que l’évanescence du monde des apparences est révélée, que demeure-t’il ? Il ne reste que la plénitude d’une Présence impersonnelle contemplant les attributs fluctuants qui constituent le « moi » dans leur manifestation passagère et relative. Il ne reste qu’un Réceptacle éternel où la vie s’écoule inlassablement telle une fontaine intarissable. Cette Réalité infiniment vivante est notre nature vacante ; en elle réside le salut véritable.

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