Le coeur du Reiki
Une interview avec Don Alexander dirigée par Peter Mascher

Don Alexander a pratiqué de nombreuses années en tant que moine
bouddhiste en Thaïlande, avant sa rencontre avec le Reiki. Depuis lors
il explore les racines et arrières plans du système Usui de
Reiki. Peter Mascher, son élève, a conduit une interview avec
son professeur. Nous en publions quelques extraits.
Je me souviens très exactement de l'instant où j'ai rencontré Don pour la première fois. J'étais allé à Londres où j'ai trouvé son petit cabinet au milieu de la ville et il m'a ouvert la porte. Ses yeux brillaient et son attention cordiale m'était assez inhabituelle. Maintenant, des années plus tard, Don est assis près de moi et il me regarde comme autrefois. Durant des jours je me suis demandé ce que je pourrais bien lui demander dans le cadre de cette interview et maintenant je jette tout par-dessus bord. C'est une soirée particulière, nous venons de passer cinq jours ensemble nous avons écouté beaucoup de musique la plupart du temps du Bach, les variations Goldberg. La claire structure et l'essence de cette musique nous attire tous les deux. Ensemble nous avons cuisiné et avons médité jusque tard dans la nuit. IL y avait beaucoup de lumière et de Reiki. Nous avons également vécu divers processus. Demain, Don aimerait achever ma formation à la maîtrise et je me sens comme le jour de ma première initiation, excité et reconnaissant. Nous restons assis ensemble en silence pendant quelque temps et nous nous regardons. Don me facilite la tâche et cela nous mène sur le thème de l'« amour ».
Peter : Un aspect important de l'amour c'est la capacité
de m'accepter moi-même et d'apprendre à m'aimer. Parfois j'ai
la sensation que c'est égoïste, ça me donne l'impression
de ne penser qu'à moi. Est-il possible de vivre sans cette culpabilité
?
Don : Oui, il y a environ 2000 ans déjà le
Bouddha enseignait qu'il était important de s'accepter soi-même,
là où nous nous trouvons, où nous voyons qui nous sommes
vraiment. C'est seulement à ce moment là que nous pouvons commencer
à changer intérieurement. La voie d'acceptation de soi est également
la voie de l'amour de soi. Nous devons apprendre à nous aimer tels
que nous sommes, de nous apprécier avec tous nos défauts et
faiblesses. En faisant cela il est important de se rappeler que nous faisons
de notre mieux à chaque instant.
P : C'est très puissant mais nécessite beaucoup
de courage de vivre simplement ainsi. Est-ce que cette voie se trouve au coeur
de notre pratique du Reiki ?
D : J'ai toujours enseigné que le Reiki était
une expression de l'amour. Il me faut donc être capable d'expliquer
plus clairement ce que j'entends par le mot « amour ».
L'amour ne peut pas vraiment être exprimé par des mots sauf peut-être
en poésie. Pourtant il est possible de contempler son contraire et
je vois clairement qu'avec moins d'amour je me sens d'avantage séparé
de toi et aussi des autres personnes autour de moi. Le moins j'aime le plus
je ressens ma séparation. De cette façon je découvre
que mon sentiment de séparation s'amoindrit à mesure que je
donne plus d'amour. Si cela est vrai alors je dois me demander ce que signifierait,
pour moi, l'amour parfait. Y aurait-il alors encore un quelconque sentiment
de séparation à quelque niveau que ce soit ? Quoi que nous fassions
en pensées et de notre attention, l'amour naît là lorsque
nous pouvons lâcher prise du sentiment de distance et de séparation
d'avec les autres êtres.
P : Je suis en train de me dire que le bouddha n'a jamais
parlé aussi directement de l'amour même s'il se trouve au centre
de sa pratique. Pourquoi ?
D : Comme nous le savons tous amour est un très grand
mot, un mot tellement immense qu'il en devient une invitation au malentendu
à l'incompréhension. En tant que mot il a de nombreuses facettes
et a pour chacun de nombreuses significations. L'« amour »
peut être en relation avec la plus grande tyrannie, par exemple lorsqu'un
partenaire déclare : « Je t'aime, chéri, je t'aime
tellement mais si tu parles longtemps avec quelqu'un d'autre alors je ne sais
pas ce qui pourrait arriver... »
Nous rions tous les deux.
P : Cela ressemble fortement à des conditions, c'en
est presque du chantage.
D : Oui, ce n'est pas vraiment de l'amour.
P : C'est clair.
D : Le mot « amour » a de tout temps
été employé pour exploiter les êtres humains. De
cette façon ils se retrouvent souvent prisonniers dans ce que l'on
nomme amour. Je pense par exemple à des parents qui rencontrent leur
enfant avec un amour moins que parfait. Un enfant ne connaît que l'amour
pur en lui, un nourrisson le rayonne entièrement. Il n'y a aucun sentiment,
aucun désir de séparation juste une perception très claire
d'unité et d'être un. Cette perception est souvent malmenée,
heurtée ; parfois il est tellement détruit que l'enfant grandissant
est irrité au sujet de ce que l'on nomme amour. Un enfant souhaite
et a besoin d'amour plus que tout au monde. C'est là que c'est le plus
souvent détruit en raison de relations peu claires et parfois douloureuses
avec les personnes que l'enfant aime le plus au monde et dont il dépend
entièrement. Ce sont justement les parents qui devraient apporter beaucoup
d'amour à leurs enfants.
P : Oh oui ! Mon enfant intérieur en sait quelque
chose et est tout un avec ce que tu dis. Parfois lorsque je souhaite monter
mon amour il y a comme une frontière que je ne peux franchir que difficilement.
Que me conseillerais-tu ? Comment puis-je dépasser cette frontière
et donner de l'amour là où il n'y en a momentanément
pas du tout ?
D : Parfois il est nécessaire que nous prenions des
chemins détournés, nous devons regarder en nous et reconnaître
comment le contraire de l'amour s'exprime en nous. Très souvent lorsque
nous voulons montrer de l'amour il y a des sentiments tels que l'indifférence,
l'agacement, la colère ou la peur qui se manifestent. Souvent nous
le remarquons dans les relations. Les partenaires sont parfois le plus agressifs
justement avec la personne dont ils ou elles voudraient le plus se rapprocher.
Il y a tant d'agression, de cris, de disputes, de coups, toutes ces choses
émergent dans les conflits, même lorsque les personnes s'aiment.
Il est nécessaire que nous regardions exactement quelle est la nature
de ce conflit. D'où vient exactement l'agacement et ensuite trouver
des voies pour le transformer et le lâcher. De cette façon, l'amour
grandit en nous et il est important que nous nous acceptions nous-même
et nous nous aimions nous-même en tout premier lieu, même au milieu
d'une situation conflictuelle même lorsque nous sommes très agacés.
L'amour commence toujours avec le fait de s'accepter soi-même. Il nous
fait tout simplement accepter ce qui se passe et ensuite travailler avec cela.
Il existe de nombreuses manières de concrétiser cela.
P : Est-ce une partie de ta pratique de Reiki ?
D : Oui, il y a un rapport très profond avec ma pratique.
Un auto-traitement régulier nous transforme de manière très
douce et presque invisible. Il y a aussi les 5 préceptes, dont l'un
est « juste pour aujourd'hui ne te mets pas en colère ».
Hmmmm. La colère bloque toute expression de l'amour. Un autre précepte
nous invite à honorer nos maîtres, nos parents, tous les êtres
et toutes les formes de vie ; si nous sommes continuellement en colère
nous n'avons pas la plus petite chance de même commencer à l'appliquer.
A l'aide des 5 préceptes nous avons la possibilité de regarder
très profondément en nous, de voir nos résistances et
tout ce qui nous empêche de vivre en harmonie avec tous ces aspects.
Nous ne devrions pas éloigner le Reiki de notre vie, de notre quotidien
; si nous le faisons alors notre pratique n'est qu'un morceau et les préceptes
ne sont pas vécus réellement.
Nous devons regarder notre être individuel et regarder qui nous laissons
« jouer »; c'est comme la scène de la vie : quel
rôle vais-je jouer aujourd'hui et comment vais-je me montrer aux autres
? Pourquoi est-ce que je me montre justement de cette façon ? Que voient
les autres lorsqu'ils me regardent ? Si je pouvais amener un miroir géant
qui rencontrerais-je ?

Shin - coeur/conscience
P : La pratique du Reiki est-elle réellement un miroir
géant ?
D : Oh oui ! Si j'applique cette pratique correctement.
P : Que veux-tu dire par « correctement »
dans ce contexte ?
D : Si nous ne regardons pas de temps en temps dans le miroir
alors nous ne voyons pas du tout ce qui se passe. Si nous ne comprenons pas
que le Reiki nous tend un miroir alors il n'y a rien à voir. Pourquoi
la pratique du Reiki est-elle un miroir ? Bien, lorsque nous agissons dans
ce monde il y a des conséquences. C'est comme un caillou que nous jetons
dans l'eau de l'étang, il y a des vagues qui se forme et lorsqu'elles
atteignent le rivage elles reviennent. C'est la même chose avec nous
les humains. Quoi que nous fassions à notre corps, notre esprit, notre
langage nous envoyons des vagues dans l'océan de l'univers, dans l'océan
de la conscience ; ses vagues reviennent vers nous en tant qu'image parfaite
de ce que nous avons fait. Ce que nous expérimentons dans la vie est
une image, un reflet parfaits de qui nous sommes.
P : Ceci me parle beaucoup et j'y vois ta nature bouddhiste
pendant que tu parles. Pour toi, existe-t-il un lien manifeste entre le Reiki
et le bouddhisme ? Est-ce judicieux de se pencher sur les enseignements du
Bouddha pour acquérir une plus profonde compréhension de notre
pratique du Reiki ?
D : Pour moi la pratique du Reiki est une voie spirituelle.
Un chemin parmi tant d'autres. Nous savons historiquement que Mikao Usui était
un bouddhiste-tendaï ainsi que toute sa famille. A l'époque de
l'adolescence d'Usui, le Japon commençait à rejeter le bouddhisme
; l'empereur et les dignitaires préféraient l'ancienne tradition
originale de la religion Shinto et voulaient éviter le mélange
avec des éléments bouddhistes. Lorsque Usui a commencé
à enseigner, il ne lui était pas possible de suivre une voie
bouddhiste et il souhaitait une voie sans conflit et que d'autres personnes
puissent suivre son enseignement. Il souhaitait une voie ouverte à
tout le monde. Le bouddhisme était néanmoins une partie profondément
enracinée dans sa jeunesse ; il a appris à lire et à
écrire dans une école monastique bouddhiste. C'est également
dans sa prime jeunesse qu'il a pratiqué les arts martiaux ; son entraînement
se déroulait dans un environnement bouddhiste et tout cela a fait partie
de sa vie et a trouvé sa place dans son enseignement. Sa pratique s'inspirait
du bouddhisme mais elle pouvait être apprise de tout le monde, qu'ils
aient une autre religion ou qu'ils n'avaient aucun intérêt religieux.
P : J'y vois le chemin spirituel, suivre simplement l'énergie
qui se déploie dans cette pratique. Sais-tu comment Usui a trouvé
cette énergie ou plutôt comment cette énergie a trouvé
Usui ? Nous connaissons tous cette jolie histoire de Mme Takata comment Usui
a trouvé le Reiki mais comment est ta relation personnelle avec cet
aspect ?
D : Usui a pratiqué la méditation. Lorsque
nous pratiquons de cette façon nous gagnons une vision intérieure
profonde ; même si nous ne le voulons pas cela se produit pendant que
nous sommes tranquillement assis. Les conflits existants sur tous les niveaux
possibles de notre être peuvent alors émerger devant notre regard
intérieur ; si nous cessons de les éviter et que nous commençons
à les résoudre lentement alors l'énergie autour de nous
et en nous coule plus librement. Non seulement nos mouvements gagnent en force
mais nous devenons plus attentifs et plus sensibles dans notre emploi de l'énergie
et ressentons d'avantage ce don de transmettre l'énergie aux autres.
Usui était aussi un homme très actif et s'entraînait aux
arts martiaux. Il a également rassemblé beaucoup d'expérience
sur les montagnes tout autour de Kyoto ; plusieurs fois il s'y est rendu pendant
21 jours pour méditer, jeûner et pratiquer afin de toujours repousser
ses limites physiques. Aujourd'hui encore cette tradition plusieurs fois séculaires
est encore vivante au Japon et mène les pratiquants dans les montagnes
; on les appelle des Yamabuchi de Yama, la montagne, et Yamabuchi, qui dort
dans la montagne. Ces personnes pratiquent très loin des villes et
seule la montagne est leur maître. C'est la nature elle-même qui
enseigne et Usui était l'un de ces pratiquants ; lorsque la nature
enseigne nous repoussons toujours nos limites personnelles.
P : Est-ce que tu ressens que Usui a également vécu
une expérience d'extase ?
D : Il y avait certainement les deux aspects : une expérience
douloureuse, certainement la plus grande partie, difficile et douloureuse
et ensuite dans le dépassement de la douleur une nouvelle liberté,
très certainement extatique.
P : Oh oui!
D : Ce qu'il y a de beau dans le Reiki est que Usui a trouvé
des chemins pour transmettre son expérience à des personnes
qui n'avaient pas la possibilité d'aller pratiquer dans les montagnes
car elles étaient trop âgées, trop fragiles ou trop malades,
parce qu'elles travaillaient en ville ou simplement parce qu'elles étaient
citadines. Seulement par la transmission que nous appelons le Reiju, une transmission
d'une intention claire, pure ; c'est à travers cela seul qu'il a transmis
toute sa riche expérience des montagnes.
P : Le Reiju est le processus d'un alignement et nous met
en contact avec l'énergie. Peux-tu expliquer ceci plus en détail
?
D : Dans le Reiju s'exprime une intention pure, claire, spirituelle
à l'égard d'un autre être humain. L'intention claire de
l'aider sur son chemin spirituel et le souhait que celui-ci porte des fruits.
Le Reiju existe dans un cadre particulier. Lors de la première fois
sa fonction est celle de l'initiation dans la pratique, le commencement d'un
nouveau chemin ou processus. C'est l'alignement dans le flux de l'énergie
de guérison, l'énergie Reiki. Les autres alignements avec le
Reiju fonctionnent comme un soutien en cours de processus. L'énergie
se renforce et s'étend également et la relation avec elle s'approfondit.
Ensuite il y a un point dans l'évolution et dans l'intention claire
d'initier la personne dans un nouveau degré, un approfondissement de
sa pratique.
P : Le Reiju n'est pas pratiqué uniquement comme initiation
mais également comme partage lors des rencontres Reiki et parfois même
lors des traitements et de la pratique quotidienne, n'est-ce-pas ?
D : Oh, oui ! Partout où se trouve un maître
Reiki ou un enseignant Reiki qui connaît cette pratique, le Reiju est
donné. Lors des rencontres ou lors d'autres moments adéquats
pour soutenir les élèves Reiki de tous les degrés.
P : Mes deux premiers degrés Reiki je les ai faits
dans la lignée de Mme Takata. Au commencement le Reiju était
pour moi assez inhabituel. C'est comme si le Reiju était la coupe contenant
l'essence de la formation à la maîtrise et me donnait une relation
profonde avec le Reiki. Comment est-ce pour toi ?
D : Permets-moi de contourner la question pendant un instant.
Au Japon il y a une ancienne tradition qui transmet des initiations dans les
divers domaines de nos vies. Par exemple, il est possible que des hommes d'affaires
reçoivent une initiation lorsqu'ils ont atteint un certain niveau de
capacité pour renforcer encore leur succès. Les étudiants
reçoivent une initiation pour renforcer leur travail et le succès
à l'Université et cela est valable aussi pour les artisans,
les marchands et les militaires.
P : C'est très intéressant.
D : Nous voyons qu'au Japon il y a un vaste domaine pour
l'application des initiations et que cela n'est pas réservé
aux voies spirituelle ou religieuse. Ce point étant éclairci
nous pouvons regarder de plus près les initiations Reiki. Comme je
l'ai déjà mentionné, elle prend sa source dans la pureté
de coeur et d'intention envers la personne qui la reçoit. Ainsi un
maître Reiki ne peut avoir une intention claire que dans la mesure où
il est au « clair » avec lui-même. Que comporte
une telle intention ? Chaque maître a certainement un degré de
clarté individuel. Que ressent un maître à cet instant
comme étant l'intention la plus élevée pour ses élèves
? Dans ce rapport, il est pour moi absolument fondamental et impérieux
que chaque maître Reiki qui souhaiterait enseigner prenne sa propre
pratique très très au sérieux. Il n'est pas possible
d'apprendre à enseigner en un « séminaire-inititation-incluse »
en un week-end et puis se présenter et former d'autres personnes. Bien
sûr il est possible d'apprendre la forme extérieure d'une initiation
mais alors où est l'intention claire et pure et comment se manifeste-t-elle
en nous ? Comment est-ce que je peux développer ma pureté de
coeur et d'intention à l'égard d'un autre être et à
l'égard de son bien le plus précieux, son chemin spirituel.
Ce que je reconnais comme le centre de la formation est pour moi également
l'essence d'une voie spirituelle. Je ne souhaite pourtant par affirmer que
cette voie est nécessairement bouddhiste, chrétienne, musulmane,
hindoue, taoïste, shintoïste ou quoi que ce soit. L'essence de la
formation devrait amener une personne au plus profond de son être, aux
racines et à la source de sa pureté. C'est de cet espace qu'il
ou elle apprendra ce que signifient la guérison et la claire intention
et comment cela s'exprime vis à vis d'un autre.
Je change le mini-disque et je ressens que notre pièce est remplie
de silence et d'énergie, non seulement de cette soirée mais
de tous les autres jours. Je suis heureux d'avoir disposé de tant de
temps en compagnie de Don car ce qu'il exige d'un futur enseignant est beaucoup
et je m'aperçois que j'ai encore tant à apprendre. Quand Don
parle d'amour je le crois sans réserve car jamais je n'ai entendu un
mot désagréable de sa part et pourtant ses intentions ont toujours
été claires. Nous parlons de méditation et de travail
énergétique et nous abordons finalement le thème des
symboles.
P : Don, à travers toutes ces années tu m'as
transmis une profonde compréhension des symboles Reiki. Est-ce que
les symboles sont une partie essentielle de l'enseignement du Reiki ?
D : L'essence de la signification se trouve au-delà
du symbole. Lorsque nous nous imprégnons profondément d'un symbole
alors nous expérimentons quelque chose de très particulier.
Cette expérience est très certainement un aspect central de
notre pratique et peu importe le nombre de symboles que nous employons chacun
nous conduit à l'essence du Reiki. Nous partons d'un point déterminé,
d'une certaine perspective et arrivons toujours au coeur de la pratique. Je
le décris souvent comme une petite maison, très simple qui n'a
qu'une seule pièce et trois ou quatre fenêtres. Lorsque nous
nous tenons à l'extérieur et que nous regardons à travers
une fenêtre nous voyons tout l'intérieur de la petite maison,
car elle ne contient aucun meuble qui pourrait bloquer notre regard. Il n'y
a rien et nous voyons l'intérieur de la pièce telle qu'elle
est dans son entier. Et lorsque nous regardons à travers une autre
fenêtre nous voyons à nouveau la totalité de la pièce,
simplement d'une autre perspective. Il en va de même avec la fenêtre
de l'autre côté de la maison. Les symboles du Reiki nous offrent
une vision du Reiki dans son ensemble, ce chemin sur lequel rien ne manque.
Chaque symbole nous offre une vision à partir d'une perspective particulière.
P : Existe-t-il une pratique du Reiki qui dépasse
les symboles ?
D : Les symboles nous donnent la possibilité d'exprimer
des essences là où les mots sont insuffisants. Au Japon existe
également la tradition des mantras et ainsi chaque symbole est accompagné
d'un mantra. Nous le prononçons et il se passe quelque chose. Il résonne
à sa manière particulière et quelque chose bouge dans
le monde. Il est possible de l'utiliser sans le symbole, il aura le même
effet. Ce qui dépasse encore les mantras nous ne le connaissons dans
notre pratique sous le terme de « Kotodama ». Les Kotodamas
proviennent d'une très très ancienne tradition Shinto ; ils
représentent l'essence des mots et leurs significations. Une signification
déjà présente avant qu'elle ne s'exprime en mots. Les
Kotodamas sont des sons voyelles, par exemple A, E, I, O, U, etc., et des
combinaisons de voyelles. Chacune de ces vocales représente une qualité
spirituelle spécifique et les combinaisons expriment différentes
qualités et expériences. Il est possible d'utiliser les Kotodamas
à la place des symboles. Ces sons purs transmettent l'essence encore
plus intensément que les mantras. Ces sons sont presque sans forme
; ils ont une forme mais elle n'est pas aussi claire que dans un symbole tracé.
P : Pour moi c’est une essence très fine dans
la pratique du Reiki, une essence qui dépasse très largement
toute forme. Une pratique très puissante tout particulièrement
dans une pratique de groupe. Est-ce l'oreille du musicien en moi qui perçoit
cette vibration très particulière ou les sons sont-ils puissants
en eux mêmes ?
D : Certainement les deux choses, le son se base toujours
sur une vibration mais il est important de considérer le support dans
lequel cette vibration apparaît. Dans le monde le son se propage dans
l'air. Dans le vide il n'y a pas de son puisqu'il n'y a rien qui pourrait
vibrer. Dans l'atmosphère le son vibre, dans l'eau également
et le son est transporté de cette façon, partout où il
y a un support, un porteur de conscience. Au sens figuré nous nageons
tous dans l'océan de la conscience, ceci n'est pas une description
très précise mais nous pouvons nous le figurer ainsi. Au milieu
de cet océan de la conscience il y a des vibrations et des vagues.
Les symboles, les mantras et plus particulièrement les Kotodamas mettent
des vagues en mouvement, dans cet océan. Ces vagues bougent et se déploient
d'une rive à l'« infini » autre rivage de l'océan
et elles touchent tout ce qui y vit.
P : C'est une description magnifique.
D : Ceci est la meilleure façon pour moi de démontrer
la signification, la fonction et la nature des Kotodamas de la manière
la plus simple.
P : S'il n'existait aucun symbole, mantra ou Kotodama à
quoi ressemblerait notre pratique du Reiki ?
D : Le Reiki est porté par une attitude intérieure
claire, une intention du coeur pure d'apporter la guérison ; l'intention
de redevenir « entier », car ceci est la signification
réelle de la guérison, de me retrouver tout entier. Ainsi c'est
également l'intention d'atteindre la complète liberté
en moi-même et pour les autres. La seule vraie liberté dont nous
avons besoin est la libération de toute souffrance. Ceci est la volonté
du Bouddha et très certainement celle de tout fondateur ou meneur de
religion de ce monde. De manière symbolique cela signifie le retour
au Paradis. Nous n'aurions aucun besoin de symbole, de mantras, de Kotodamas
si par nature nous disposions d'une attitude intérieure claire, d'une
intention suffisamment pure et innocente pour la liberté et totale
guérison pour nous-mêmes et les autres. Nous n'aurions alors
besoin d'aucunes formes, structures, formations. Comme nous ne nous permettons
et ni n'osons vivre une volonté aussi claire, une intention si pure
et aimante alors nous avons besoin des formes et des structures pour soutenir
notre attitude intérieure jusqu'à ce que nos intentions deviennent
plus fortes et plus claires.
P : Il peut se produire que mes intentions personnelles se
mélangent avec cette « volonté » claire
et pure. Serait-il possible que notre pratique puisse nous aider à
séparer ces deux aspects. Penses-tu que cela est faisable ?
D : Oui, cela est possible car les symboles portent une qualité
spirituelle très élevée. Chacun des symboles est la représentation
de ce que nous, en Occident, appelons Dieu. Dieu contemplé depuis un
autre point de vue. Lorsque nous prononçons le mot « Dieu »
il y a pour moi également tout un ensemble historique, je pense aux
croisades, aux guerres, aux exactions commises au nom de Dieu. Je pense aux
bûchers flambants en raison de divergences religieuses sur la compréhension
sur les manifestations et les enseignements de Dieu. Je pense à des
systèmes philosophiques qui discutent sur l'existence ou la non-existence
de Dieu. Lorsque nous parlons de Dieu ou du divin, il nous est très
facile de nous perdre dans les méandres historiques, dans les interprétations
personnelles de ce mot et de son contenu. Les symboles du Reiki sont employés
exclusivement pour la guérison et dans le contexte de la transmission
de l'énergie lors du partage du Reiju dans une intention spirituelle.
Lorsque nous pratiquons avec les symboles ils ne contiennent rien de personnel,
rien qui nous appartiennent. Les symboles sont universels. L'essence et la
signification qu'ils véhiculent, cette intention la plus élevée
qui se manifeste lorsque nous les employons dépasse largement ce qu'il
y a de personnel.
P : Es-tu d'accord avec moi lorsque je dis que les symboles
me montrent que Dieu n'est pas quelque part là dehors mais bien directement
en moi, au centre de moi ?
D : Les symboles ne peuvent pas nous mener directement à
cette expérience. Lorsque nous les employons de manière juste
alors nous dirigeons lentement notre conscience dans cette voie. Les symboles
ne font pas le travail à notre place.
Je savais que tôt ou tard nous parlerions de Dieu et notre interview
s'est prolongée encore un peu sur ce sujet. Nous avons parlé
des chemins de l'illumination et de nos préparatifs pour un voyage
commun au Japon. Don m'a encouragé à suivre mon propre chemin
et que le Reiki serait dorénavant mon maître. Je l'ai remercié
de tout coeur pour l'interview et je ressentais de nouveau le silence et l'ouverture
tout autour de nous. Trois heures s'étaient écoulées
en un instant. Demain, pour moi, ne sera pas une fin mais bien le commencement
d'un nouveau voyage...
trouvé sur : http://www.porteducristal.ch/reiki/avances/interview_avec_don_alexander.htm